Le tableau de chasse

Gilles Saussier

En 1989, Gilles Saussier avait couvert pour l’agence Gamma, la révolution en Roumanie. Depuis 2003, il y est revenu régulièrement pour pratiquer une relecture de ses photographies d’actualité, et mettre en relation les événements de 1989 avec le passé plus lointain et la situation actuelle du pays. Vigoureuse critique du photoreportage, Le Tableau de chasse est aussi une méditation sur l’art et la mort, l’histoire racontée par les pouvoirs et la mémoire des sans-voix.

Le Point du Jour
Format : 17 x 23 cm, 158 pages, 85 photographies en couleurs et noir & blanc
ISBN : 978-2-912132-63-5
Parution : mars 2010

Le Tableau de chasse – Tir # 3, Roumanie, 2004

« Il ne suffit pas d´être au cœur des grands événements et de les photographier pour écrire l´histoire. Dans « Le Tableau de chasse », je reviens sur mes propres photographies de la révolution roumaine, prises entre le 23 et le 26 décembre 1989 lorsque j´étais reporter à l´agence Gamma. Ces photographies – dont un instantané de soldats sous le feu, publié dans Time, Stern, Paris-Match – permettent-elles de penser au présent l´histoire des événements de la révolution roumaine ?

Je suis retourné depuis 2003 à plusieurs reprises enquêter à Timisoara et montrer mes photographies à des acteurs de la révolution roumaine. Ces images, prises avec les premiers reporters étrangers, et ne concernant pas les journées décisives de l´insurrection entre le 16 et le 20 décembre, ont peu intéressé mes interlocuteurs roumains.

À Timisoara, aucune photographie n´a permis d’établir la responsabilité de l’armée roumaine dans le meurtre de 146 civils et les blessures infligées à 400 autres personnes. On sait cependant que c’est l’armée roumaine qui a tiré sur la foule désarmée et non pas la Securitate qu’aucun reporter étranger n’a pu voir ni photographier. Parce qu’elle montre des soldats de l’armée roumaine victimes de tirs, que les journaux ont systématiquement attribué à la Securitate, ma photographie de Stern a symboliquement dédouané l’armée de ses crimes envers les civils.

Vingt ans après les événements, on ne sait toujours pas qui tirait sur ces soldats mais on continue de publier ma photographie. Pour la profession, cette image reste une excellente image de guerre. Pour tous ceux qui cherchent à penser la révolution roumaine, elle est une image dont il faut travailler l’actualité.

C´est ce travail que je propose en confrontant cette photographie à des nouvelles séries d’images sur lesquelles on voit des journalistes tirer au fusil lors d’un voyage de presse de la fédération de chasse de Timisoara ou bien des portraits d’ouvrières de l´usine Elba, où a été déclenchée la première grève de la révolution roumaine.

La monumentalité des images-symboles, affranchie le plus souvent des exigences minimum de contextualisation, fige la pensée et le questionnement de l´histoire. Ces séries proposent au contraire d´autres lectures et une méditation sur le rapport des images à l’histoire, à la mémoire, au monument. Elle interrogent également la manière dont l’héroïsme des reporters peut parfois recouvrir celui des acteurs des événements eux-mêmes. »

Cimetière des pauvres de la rue Lipovei, Timisoara, 2003

Gilles Saussier, né en 1965, développe des projets qui entrecroisent photographie documentaire, art conceptuel et anthropologie visuelle. Son travail a récemment été présenté au MACBA de Barcelone. Il a déjà publié au Point du Jour en 2005 Studio Shakhari bazar.

Exposition du 6 mars au 6 juin 2010, Le Point du Jour, Cherbourg


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